Je vais vous compter, ici, l’histoire extraordinaire de deux être pas ordinaires. Deux jeunes bouquetins, enrôlés dans un de ces troupeaux qui repeuplent les Alpes. Vous pouvez les apercevoir sautant de rochers en rochers, dormant la journée sur les versants sud des terrasses herbeuses, immobiles, se confondant avec les roches. Ces deux animaux vous ne pourrez les entrevoir que si vous savez être patient et discret, en faisant un effort, vous comprendrez les paroles qu’ils échangent. Alors suivez-moi... sans faire de bruit... à pas furtifs... approchez-vous et écoutez :
-Breuuh... !
-Marcel t’es dégeu...
-C’est pas de ma faute, Maurice, j’ai faim !
-Moi, je rote après avoir mangé, pas avant et pour ce qu’on va manger, je ne suis pas prêt de roter.
-Ah... ! Tu crois que le chef va encore essayer de nous faire manger sa glace à la neige ?
-Sûr ! je l’entends d’ici, « vous prenez une stalactite de glace, vous posez sur la partie plate une boule de neige, vous léchez, quelle extase... »
Dans la montagne, c’est l’hiver, il fait froid et la neige recouvre les pâturages ou, il y a encore quelques semaines l’herbe poussait en abondance. Le chef du troupeau un vieux bouquetin que l’on reconnaît à ses deux longues cornes et à sa voix si chaleureuse :
-Eh... ! Les deux abrutis là bas, ne vous éloignez pas, venez voir ce que, grâce à mon instinct j’ai pu trouver. Léchez-moi ça ; sous la neige il y a une formation de boule de glace et posé sur des pics de glace, c’est un vrai régal.
-Le vieux est complètement gâteux, maintenant c’est de la glace à la glace, « Oui un vrai régal » qu’il dit.
-Parles pas si fort, le chef est sourd mais il a ses oreilles dans le troupeau.
-Bon les deux fainéants de derrière, bouger vous voir l’arrière train et cherchez voir de la bonne glace à partager !
Certes l’hiver est rude mais il y avait surement d’autre nourriture que la neige gelée. Il fallait chercher.
-Eh !... Maurice, regarde, ces cailloux recouverts de mousse, elle a été protégée par la neige. Tu en poses un sur un cône de glace, à quoi ça te fait penser ?
-Ben... ! Je ne sais pas !
-A un cornet de glace parfum «mousse » !
-Ah oui... ! Suis-je bête ! Mais c’est quoi un cornet de glace ?
-Je ne sais pas non plus, mais ça y ressemble.
-Teus... ! V’là le chef.
-Bon montrez moi voir ce que vous manigancez-vous deux !
-C’est pas moi, chef, c’est Marcel qu’a trouvé un cornet de glace.
-L’idiot donne moi ça. Hum !... c’est bon qu’est-ce que c’est ?
-Un cornet de glace.
-Bon, ça j’avais compris, mais c’est quel parfum ?
-mousse, chef !
-Matelots, allez rassemblement !
-Tu progresses Marcel, après la glace à la glace, tu viens d’inventer la glace aux cailloux. C’est parfait. Je devrais te battre à coup de bâton. Avec ça, j’ne suis pas prêt de roter, moi !
La préoccupation principale, l’essentiel, celle que le chef place au-dessus de toutes les autres est : la reproduction. La survie de l’espèce en dépend, mais le chef place la barre très haute et il est ferme et rigide sur cet acte. Il semblerait qui plus est, qu’il dépasse le cadre de la survie pour entrer dans la lubricité. Du coup, le chef a érigé la copulation au-dessus de la vie, du bien-être même du troupeau. Avant la recherche de nourriture, le chef a deux quêtes : premièrement, retrouver les troupeaux des femelles ; deuxièmement, passer à l’action. Ce comportement néfaste ne peut que nuire à l’harmonie du groupe, l’atmosphère est tendue, la concurrence est rude et là-dessus le chef est intraitable.
-Je vous préviens, le premier qui s’approche d’une étagne je l’embroche d’un coup de corne.
Cette tension, tout le troupeau la ressent, mais seul le chef a le droit de la faire tomber. Nos deux jeunes mâles en sont arrivés à détester ce chef qui les tyrannise. La solution ?
-Tu sais Marcel,
-Hum oui... !
-Le chef, il faut s’en débarrasser !
-Ah !... oui et tu comptes le provoquer en duel, tu vas finir embroché.
-Mais non, il faut lui tendre un piège.
-Faire ébouler des rochers sur son passage, par exemple ?
-Oui, mais non, tu sais bien que ça n’a pas marché la dernière fois, c’est nous qui avons failli être enseveli par l’avalanche.
-Alors qu’est ce que tu proposes ?
De nos deux individus, Marcel est le plus intelligent, il est le plus paresseux, le plus grossier et le plus craintif des deux, de son coté Maurice est le plus instruit, (il travaille sûrement mieux à l’école), il est le moins peureux, mais son manque de réflexion avant l’action lui attire souvent beaucoup d’ennuis et son frère peine souvent à le sortir de l'embarras. Retournons maintenant les écouter préparer encore quelques vilénies envers leur chef, mais devrons nous les en blâmer !
-C’est simple, il va encore nous emmener passer la nuit sous « le piton de la casquette », c’est haut et en plein vent, mais depuis là, dès le petit matin il peut surveiller le troupeau des femmes et, bon tu vois ce que je veux dire ?
-Non, je vois bien tes lèvres bouger, mais je ne vois pas les mots sortir.
-Bon, arrête de faire le chamois. Ecoute-moi, toi, tu vas rester en arrière et quand le chef passera sur la corniche, là bas..., je vais me récrier que les femelles sont derrière nous. Le connaissant attiré par le chose, il va se retourner et avec ces grandes cornes, il perd l’équilibre et au revoir, le chef.
-Oui, possible ! En amour, c’est toujours ceux qui ont les plus grandes cornes qui ont le plus de chance.
Si nous avions un tant soit peu de morale, ici, nous devrions intervenir, mais laissons faire la nature.
-Voilà le chef qui s’engage sur la corniche, « Oh oh chef ! Je vois des femelles derrière nous ! » « Eh oh chef, derrière vous regardez ! » C’est pas possible, en plus d’être c..., il est sourd.
Le troupeau disparaît derrière les rochers et Marcel est obligé de courir pour rattraper son retard.
-Reu euh euh... ! Peux plus respirer, en plus j’ai failli glisser et tomber en courant dans l’escarpement. Alors Maurice qu’est-ce qui c’est passé ?
-M’en parle pas, j’ai eu beau hurler, le vieux n’a rien entendu.
-Tu sais Maurice, il n’y rien d’étonnant, avec la faim qui nous assaille, « Ventre affamé n’a pas d’oreille !»
-Oui, mais moi j’ai des cornes alors gare à tes fesses.
Laissons, nos animaux, se reposer et retrouvons les dès demain
(1) Etagne : Femelle du bouquetin
-Breuuh... !
-Marcel t’es dégeu...
-C’est pas de ma faute, Maurice, j’ai faim !
-Moi, je rote après avoir mangé, pas avant et pour ce qu’on va manger, je ne suis pas prêt de roter.
-Ah... ! Tu crois que le chef va encore essayer de nous faire manger sa glace à la neige ?
-Sûr ! je l’entends d’ici, « vous prenez une stalactite de glace, vous posez sur la partie plate une boule de neige, vous léchez, quelle extase... »
Dans la montagne, c’est l’hiver, il fait froid et la neige recouvre les pâturages ou, il y a encore quelques semaines l’herbe poussait en abondance. Le chef du troupeau un vieux bouquetin que l’on reconnaît à ses deux longues cornes et à sa voix si chaleureuse :
-Eh... ! Les deux abrutis là bas, ne vous éloignez pas, venez voir ce que, grâce à mon instinct j’ai pu trouver. Léchez-moi ça ; sous la neige il y a une formation de boule de glace et posé sur des pics de glace, c’est un vrai régal.
-Le vieux est complètement gâteux, maintenant c’est de la glace à la glace, « Oui un vrai régal » qu’il dit.
-Parles pas si fort, le chef est sourd mais il a ses oreilles dans le troupeau.
-Bon les deux fainéants de derrière, bouger vous voir l’arrière train et cherchez voir de la bonne glace à partager !
Certes l’hiver est rude mais il y avait surement d’autre nourriture que la neige gelée. Il fallait chercher.
-Eh !... Maurice, regarde, ces cailloux recouverts de mousse, elle a été protégée par la neige. Tu en poses un sur un cône de glace, à quoi ça te fait penser ?
-Ben... ! Je ne sais pas !
-A un cornet de glace parfum «mousse » !
-Ah oui... ! Suis-je bête ! Mais c’est quoi un cornet de glace ?
-Je ne sais pas non plus, mais ça y ressemble.
-Teus... ! V’là le chef.
-Bon montrez moi voir ce que vous manigancez-vous deux !
-C’est pas moi, chef, c’est Marcel qu’a trouvé un cornet de glace.
-L’idiot donne moi ça. Hum !... c’est bon qu’est-ce que c’est ?
-Un cornet de glace.
-Bon, ça j’avais compris, mais c’est quel parfum ?
-mousse, chef !
-Matelots, allez rassemblement !
-Tu progresses Marcel, après la glace à la glace, tu viens d’inventer la glace aux cailloux. C’est parfait. Je devrais te battre à coup de bâton. Avec ça, j’ne suis pas prêt de roter, moi !
La préoccupation principale, l’essentiel, celle que le chef place au-dessus de toutes les autres est : la reproduction. La survie de l’espèce en dépend, mais le chef place la barre très haute et il est ferme et rigide sur cet acte. Il semblerait qui plus est, qu’il dépasse le cadre de la survie pour entrer dans la lubricité. Du coup, le chef a érigé la copulation au-dessus de la vie, du bien-être même du troupeau. Avant la recherche de nourriture, le chef a deux quêtes : premièrement, retrouver les troupeaux des femelles ; deuxièmement, passer à l’action. Ce comportement néfaste ne peut que nuire à l’harmonie du groupe, l’atmosphère est tendue, la concurrence est rude et là-dessus le chef est intraitable.
-Je vous préviens, le premier qui s’approche d’une étagne je l’embroche d’un coup de corne.
Cette tension, tout le troupeau la ressent, mais seul le chef a le droit de la faire tomber. Nos deux jeunes mâles en sont arrivés à détester ce chef qui les tyrannise. La solution ?
-Tu sais Marcel,
-Hum oui... !
-Le chef, il faut s’en débarrasser !
-Ah !... oui et tu comptes le provoquer en duel, tu vas finir embroché.
-Mais non, il faut lui tendre un piège.
-Faire ébouler des rochers sur son passage, par exemple ?
-Oui, mais non, tu sais bien que ça n’a pas marché la dernière fois, c’est nous qui avons failli être enseveli par l’avalanche.
-Alors qu’est ce que tu proposes ?
De nos deux individus, Marcel est le plus intelligent, il est le plus paresseux, le plus grossier et le plus craintif des deux, de son coté Maurice est le plus instruit, (il travaille sûrement mieux à l’école), il est le moins peureux, mais son manque de réflexion avant l’action lui attire souvent beaucoup d’ennuis et son frère peine souvent à le sortir de l'embarras. Retournons maintenant les écouter préparer encore quelques vilénies envers leur chef, mais devrons nous les en blâmer !
-C’est simple, il va encore nous emmener passer la nuit sous « le piton de la casquette », c’est haut et en plein vent, mais depuis là, dès le petit matin il peut surveiller le troupeau des femmes et, bon tu vois ce que je veux dire ?
-Non, je vois bien tes lèvres bouger, mais je ne vois pas les mots sortir.
-Bon, arrête de faire le chamois. Ecoute-moi, toi, tu vas rester en arrière et quand le chef passera sur la corniche, là bas..., je vais me récrier que les femelles sont derrière nous. Le connaissant attiré par le chose, il va se retourner et avec ces grandes cornes, il perd l’équilibre et au revoir, le chef.
-Oui, possible ! En amour, c’est toujours ceux qui ont les plus grandes cornes qui ont le plus de chance.
Si nous avions un tant soit peu de morale, ici, nous devrions intervenir, mais laissons faire la nature.
-Voilà le chef qui s’engage sur la corniche, « Oh oh chef ! Je vois des femelles derrière nous ! » « Eh oh chef, derrière vous regardez ! » C’est pas possible, en plus d’être c..., il est sourd.
Le troupeau disparaît derrière les rochers et Marcel est obligé de courir pour rattraper son retard.
-Reu euh euh... ! Peux plus respirer, en plus j’ai failli glisser et tomber en courant dans l’escarpement. Alors Maurice qu’est-ce qui c’est passé ?
-M’en parle pas, j’ai eu beau hurler, le vieux n’a rien entendu.
-Tu sais Maurice, il n’y rien d’étonnant, avec la faim qui nous assaille, « Ventre affamé n’a pas d’oreille !»
-Oui, mais moi j’ai des cornes alors gare à tes fesses.
Laissons, nos animaux, se reposer et retrouvons les dès demain
(1) Etagne : Femelle du bouquetin
par Le Poulpe
publié dans :
M & M délirent
